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Mercredi 28 mars 2007

La musique à fond, les hurlements, le vacarme des pieds sur la piste de danse, la lumière violente, les flashs intempestifs à rendre épileptique. Sarah s’écroula sur la rambarde. La bouteille cogna sur la barre métallique, faisant vibrer le vide sonore. Sortie de la foule étouffante, elle put respirer normalement, regardant une autre piste de danse en contre-bas. Ces pauvres minables qui avaient besoin de sauter dans tous les sens pour se sentir bien, pour oublier leur problème, elle les méprisait, sans se rendre compte qu’elle faisait la même chose avec l’alcool. Elle voulut se mettre à rire mais seul un râle aigu sorti de sa gorge.
Une main l’aida à se relever, l’adossant à la rambarde. Il s’agissait de l’amie avec laquelle elle était venue, Marie la raisonnable, Marie la serviable, Marie qui ne buvait pas, Marie qui raccompagnait tout le monde en voiture. Marie, Sainte-Marie, mère de Dieu, priez pour nous. Un nouveau râle plus long et saccadé sorti de la gorge de Sarah. Elle s’écroula une nouvelle fois, balayée par les spasmes incontrolables du rire silencieux.
“Allez, viens. On s’en va.
_Tu l’as trouvé?”
Elle attrapa les deux mains de Marie, lui lançant un regard plein de larmes sincères. Elle savait comment faire appel à son incommensurable gentillesse. Se mordant la lèvre, Marie la fit se relever et d’un sourire gêné accepta de l’emmener au lieu-dit, “pas plus de cinq minutes”. Elles traversèrent tant bien que mal la marée chaotique des coups de coude, des mains égarées, des coup de tête, des pieds écrasés. Elles arrivèrent dans une petite salle privée, faisant le compte du nombre de coups qui se transformeraient en bleus le lendemain.
Il était là, se tortillant le long d’une blonde fillasse, plein de sueur sur le visage. Sarah prit son courage à deux mains, terminant d’avaler le fond de sa bouteille, respirant un bon coup. Puis elle s’avança, déterminée, marquant le pas au rythme de la musique. Quand elle arriva derrière lui, son coeur battait la chamade. Ravalant sa peur, elle osa lui taper sur l’épaule avec un doigt. Il mit plusieurs secondes à s’en rendre compte. Elle faillit s’enfuir. Mais au moment où elle croisa son regard, elle sentit tout son courage lui revenir. Ses lèvres laissèrent échapper comme par mégarde les trois mots fatals:
“Joyeuse Saint-Valentin.”
Puis d’un geste violent elle lui éclata la bouteille en pleine figure. Pendant qu’il s’écroulait dans les débris de verre, le visage en sang, elle fit quelques pas de danse synchronisés sur la musique. Puis, toute fière d’elle, elle sortit de la salle, prenant Marie par le bras pour qu’elle la ramène chez elle.


Florent

Par Florent Gaillard - Publié dans : deslyres
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Mercredi 28 mars 2007

Un aveugle rentre dans un fast-food, il fait la queue et s’approche de la caisse. Tout à coup il sort un 45 magnum de sa poche et fait feu sans savoir où il tire.
Les gens se mettent à crier et fuient pour échapper au forcené mais l’aveugle change d’arme et sort une mitraillette de dessous sa veste, puis se remet à tirer de plus belle. Il tire et tire jusqu’à ce que tout le monde soit mort et même quand les cris se sont tue et qu’il n’y a plus un seul bruit dans le fast-food il continue à tirer encore et encore jusqu’à vider toutes ses munitions. Autour de l’homme des corps jonchent le sol et les murs sont percés de milliers d’impact de balles. Il ne reste plus rien en état à l’intérieur et après deux minutes de silence il sort l’autre arme de sa poche et se colle le canon de revolver au fond de la bouche et appuie sur la gâchette. La tête vole en éclat puis le corps tombe à terre.
Aux infos, ils annoncent la tuerie du fast-food, un acte ignoble perpétré par un homme aveugle ayant délivré un message d’amour à l’attention de sa femme pour la Saint-Valentin: j’ai décidé de te montrer à quel point le fait de ne pas te voir mais en plus de te savoir avec cet homme qui travaille dans un fast-food me tue. Adieu Salope.


Anselme

Par Florent Gaillard - Publié dans : deslyres
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Mercredi 28 mars 2007

Un léger clapotis brisa le silence.
Thomaric sortit de sa torpeur. Il leva les yeux et observa une mouette planer sous le ciel orangé. C’était le crépuscule. Dans quelques heures, il devra faire acte de présence sur la place publique pendant la Sérénade du Printemps.
Tous les ans, c’était la même chose. Les villageois fêtaient la Chasse de l’Hiver en chantant et dansant toute une semaine jusqu’à la mi-février, les jeunes hommes se saoulaient et courtisaient les demoiselles à marier et au final, pendant la Sérénade, elles choisissaient l’élu de leur cœur afin de faire revenir les beaux jours.
Et lui, de son coté, il se réfugiait sur la plage toute la journée et revenait la nuit pour le banquet. Il était différent des autres garçons de son âge et cela chagrinait sa mère. Personne ne savait pourquoi il ne participait pas à la fête et certains disaient qu’il était trop exigeant envers les jeunes filles mais ils se trompaient. C’était juste que les femmes ne l’intéressaient pas et à cause de cette mauvaise plaisanterie divine, il était condamné à souffrir pour l’éternité.
Chaque année, il s’imaginait dans ses bras, il ne savait pas qui ni à quoi il ressemblait mais il se sentait bien à ses cotés. Il savait qu’il se faisait du mal et qu’il s’enfonçait dans la mélancolie un peu plus chaque année. Mais que pouvait-il faire d’autre ?
Une onde brisa le calme de la mer. Les rayons du soleil teintaient l’eau d’une couleur cuivrée. Une seconde onde mourut sur le sable encore chaud.
Une ombre sortit de la mer placide.
Thomaric observa la créature émerger des flots et curieusement, il n’avait pas peur. Comme si elle lui envoyait des ondes d’apaisement. La créature marine était de taille humaine et s’approchait lentement du garçon.
C’était un homme.
Thomaric se leva brusquement, comment une personne pouvait sortir des eaux sans être un mort ambulant ? Car il était bel et bien vivant et il le fixait de ses yeux bleus avec une telle intensité que le jeune homme se sentit mal à l’aise l’espace d’un instant. « Apparemment, je suis la raison de sa présence ici », se dit-il. Il observa l’homme sorti des eaux plus attentivement. Il était grand, brun, musclé et presque nu, seul un pagne fait d’algues cachait sa virilité. Sa peau dorée et parsemée de gouttelettes d’eau semblait l’appeler. Thomaric le désirait, il le sentait dans tout son être.
L’homme s’approcha de lui. Ils restèrent là, à se regarder pendant de longues minutes.
Le soleil se coucha et laissa sa place à la lune.
Une aura argentée nimba le corps de l’homme. Il prit Thomaric par la taille, approcha son visage près du sien et pressa délicatement ses lèvres contre celles du jeune homme.
Sa bouche avait un goût de sel. Un frisson parcourut le dos du garçon et un sentiment inconnu l’envahit.
C’était le bonheur.
Il ne s’était pas défilé devant ce baiser et n’en avait pas eu envie. Leurs lèvres se séparèrent. L’homme sourit et lui dit d’une voix suave au goût de miel :
« Viens avec moi. »
Thomaric prit sa main et ils s’enfoncèrent dans la mer.
Un léger clapotis brisa le silence.

Nul ne sut ce qu’il advint du jeune homme mais depuis ce jour, tous les 14 février, on peut entendre au crépuscule un léger clapotis briser le silence.


P'tit Juju

Par Florent Gaillard - Publié dans : deslyres
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Mercredi 28 mars 2007
Séance du 15 février, soit un jour après le 14 février, célèbre fête commerciale des amoureux. DesLyres s'en ai emparé, pour le meilleur et pour le pire :-P



Putain de St Valentin

« Une fois par an, il est de coutume en France, de fêter la Saint Valentin. Cette pseudo fête est censée célébrer l’Amour avec un grand A. Celui qui unit deux êtres, bla bla bla… STOP ! Peut-on tenter en 25 minutes, de décrire toute la nébuleuse de sentiments, d’émotions, d’affects, etc… qui alimentent les relations humaines ?
«  Car entendons-nous bien : il n’existe pas que les relations amoureuses. Non, enchâssées, emmêlées les une dans les autres, les relations humaines restent indénombrables :
«  Il y a d’abord – essayons de classer un peu, voulez-vous – :
« Les relations platoniques, celles qu’on entretient avec des voisins, voire des copains… oui, à moins que les copains ne soient des mais : dans ce cas, ceci reste une relation platonique, mais on a plus l’habitude de dire : ‘relation amicale’. Puis, si on veut aller plus loin, on va jusqu’à dire : ‘C’est mon meilleur ami’. Et un jour, quelqu’un avec qui vous avez aussi une relation amicale mais plus sur le registre de la déconnade que sur celui des confidences, vous fait remarquer :
« Hey, vous êtes proches ! Est-ce qu’il y a quelque chose entre vous ? 
- Oui, il y a quelque chose. Mais ce n’est pas une relation amoureuse ! 
« Vous voyez où je veux en venir ? C’est compliqué. Et encore, je n’ai pas parlé de l’amour qui inquiète la mère d’un enfant, de l’amour d’une fille pour un père absent, d’un coup de cœur pour un inconnu croisé dans la rue, du fanatisme pour une star de cinéma, de l’affection que l’on porte à son chat, de la tendresse pour ses grands-parents, ou d’un torride moment au coin du feu sur la peau de tigre. « Je sais ce que vous vous dites : Un bras autour du cou. Un sourire. Un regard. C’est ces petites choses qui font pour vous la différence entre toutes ces relations ?
« Non, allez-vous me dire. Vous allez me parler de la notion d’être proche de quelqu’un. Du respect. De l’écoute. Du soutien. Et je sais, je sais… j’y viens : vous allez me parler de la Confiance.
«  Et bien, je vais vous donner ma définition de ce qu’est la confiance : Dire à quelqu’un qu’on a confiance en lui, (ou « I trust you ») c’est finalement, une jolie manière de dire :
« Tu peux me prendre pour une conne… »

Signé : coup de gueule de quelqu’un à qui on a dit un jour : « Je me suis rendu compte que tu m’avais vraiment aimé : tu m’a laissé partir car tu voulais mon bonheur, même si cela impliquait avec une autre que toi. »


Vyx

Par Florent Gaillard - Publié dans : deslyres
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Vendredi 23 mars 2007

La jalousie

Ce matin-là en se levant, Dick Chambers se sentait parfaitement bien, vraiment en pleine forme, et c’était devenu assez rare pour mériter d’être signalé. Il saisit le petit carnet à coté de son lit qui lui servait à noter ses rêves (oui, bon, ses cauchemars, mais ça lui faisait toujours du bien de les écrire, comme si ça pouvait les tenir à distance) et écrivit :
22 juillet 2005 : aucun rêve, et je pète le feu !!!
Dick n’était pas un partisan des points d’exclamations d’habitude : trois était le maximum qu’il s’était jamais autorisé. Et il se leva en sifflotant, tout content.
Sa fille de 5 ans, Nell, s’aperçue tout de suite qu’il allait mieux et pépia comme un oiseau toute la journée, jusqu’à ce qu’il l’amène à l’anniversaire d’un de ses amis en début d’après-midi. Il lui promit qu’ensuite, ils iraient tous les deux dîner au McDonald puis qu’ils se loueraient un dessin animé : la version d’une grande soirée pour une petite fille de cet âge. Par moment, il avait hâte qu’elle soit assez grande pour être initiée à la véritable gastronomie et au cinéma… A d’autres, il aurait voulu arrêter le temps et qu’elle ne grandisse jamais.
Il s’était arrangé à son travail pour avoir son samedi de libre, pour Nell, et maintenant qu’elle était occupée il ne savait plus trop quoi faire pour s’occuper. Oh, bien sûr, il pouvait rentrer chez lui et faire le ménage, la lessive, et autres joyeuses activités. Peut-être même faire les courses avant.
Et puis quoi encore ? Il était libre.
Il téléphona à son ami Tom, histoire de lui demander si jamais ça l’intéresserait de faire… heu, quelque chose, n’importe quoi. Ce qui fit bien rire Tom qui était avocat et qui travaillait, lui, le samedi. Le dimanche aussi d’ailleurs. En fait, la seule chose capable de mettre Tom en arrêt maladie serait sans doute un boulet de canon tiré à bout portant.
Cependant, même si Dick avait fort peu d’occasion de le montrer, il savait se montrer irrésistiblement entraînant quand le besoin ou l’envie s’en faisait sentir. Au final, Tom le pria d’aller l’attendre chez lui, et promit d’arriver bientôt. Parfait. Au pire, il y avait une piscine, un billard, un home cinéma et une vidéothèque bien garnie chez Tom, Dick n’aurait donc pas le temps de s’ennuyer.
Il entra avec la clé que Tom lui avait confié il y a longtemps (quand Jane menaçait de kidnapper Nell, bon sang, deux ans déjà ! Il avait bien cru que cet enfer durerait toujours, alors que le temps file à toute allure depuis que c’est fini !). Enfin, il fallait un bip-bip pour le portail, le code, une clé et une autre clé, avant de pouvoir enfin entrer dans le saint des saints, La Maison De Tom F. Guninger, qui valait au bas mot mille fois le prix du clapier dans lequel lui-même vivait. Et Tom n’y mettait quasiment jamais les pieds. Allez comprendre.
En poussant la porte, Dick fut traversé par un frisson. Sa belle humeur s’envola instantanément. Il resta pétrifié quelques secondes, puis l’idée (qu’elle pourrait en profiter non il ne faut jamais rester immobile) que ce n’était pas une bonne idée le fit se plaquer dos au mur, regardant dans tous les sens comme un animal traqué. Puis il se détendit : il n’y avait rien (heureusement, ce n’était qu’un pressentiment, pas une de ces attaques de paniques dont il avait eut tant de mal à se débarrasser). Il avait dû rêver tout éveillé, une fois de plus. Vivre avec Jane lui avait limé les nerfs, c’était normal, mais maintenant il était libre et elle était en prison. Difficile d’avouer à sa petite fille que sa propre mère était en prison pour torture physique et psychologique sur son père (ça portait un autre nom, au procès… comment déjà ? En tous cas ils n’avaient pas dit que sa femme le battait. Sans doute qu’un petit bout de femme qui bat son mari même après leur divorce, ça fait plus ridicule que dangereux). Mais Nell ne parlait jamais de sa mère. Elle se souvenait sans doute de certaines scènes.
Dick entra dans la maison et alla dans la cuisine. Il évita soigneusement le bar (l’alcool rendait tout bien pire encore, et il ne pouvait pas se permettre de sombrer dans l’alcoolisme, pas avec Nell) et mis la bouilloire sur le feu, histoire de se faire quelque chose de chaud. La chaleur l’apaisait toujours, tandis que la simple idée de son ex-femme le glaçait. Heureusement, il faisait une chaleur d’enfer au-dehors. Est-ce que Tom lui en voudrait si il arrêtait la climatisation ? Difficile à dire… Il s’inquiéterait sans doute. Inquiéter qui que ce soit était bien la dernière chose dont Dick avait envie ce jour-là. Il écuma les placards de l’immense cuisine et se trouva du thé vert. Parfait.
Il essaya de ne pas penser à Jane, mais c’était dur. Dieu qu’il l’avait aimée. Elle était la plus belle, la intelligente, la plus drôle, la plus sexy, la plus tout. Elle avait tout ce qui manquait à toutes les femmes du reste du monde. Dick se défendait assez bien à ce petit jeu-là lui aussi, et il se mit en devoir de faire une cour effrénée à la belle, à tel point qu’il lui demanda plus tard comment elle n’avait pas eut peur de lui. Sauf qu’il découvrit, plus tard encore, qu’elle n’avait peur de rien. Et qu’il lui en fallait toujours plus. Toujours de plus de compliments, toujours plus de cadeaux (elle gagnait plus que lui et les faisait vivre tous les deux, mais les cadeaux étaient des preuves), toujours plus d’attention. Il ne regardait jamais les autres femmes, mais elle commença à être jalouse de toutes celles qu’il connaissait, puis de toutes celles à qui il parlait, puis de toutes celles qui croisaient son regard… Et quand elle était jalouse, elle le lui faisait savoir en l’humiliant ou en le blessant. Certaines fois, il ne savait même pas quelle fille, quelle situation avait ainsi déclenché la colère. Il se faisait toujours avoir, y compris par le plus beau piège, le plus fort : il s’était mis à se demander ce qui ne tournait pas rond chez lui pour avoir peur de sa propre épouse, pour être si blessé par ses plaisanteries, pour croire qu’elle faisait exprès de lui planter sa fourchette dans la main ou de le faire tomber dans l’escalier. Dès qu’il montrait ses soupçons, Jane s’écroulait, la femme forte devenait une petite fille en larme qui suppliait pour avoir son pardon, et il se traitait de monstre de lui faire tant de mal.
Bref, c’était une machination aussi parfaitement imaginée qu’exécutée. Il mit leurs problèmes de couple sur le compte de la grossesse, et fit de son mieux pour arranger les choses. Même quand la seule idée de rentrer chez lui commença à lui faire horreur.
Plus tard, avec l’arrivée de Nell, les choses commencèrent à aller mieux. Dick était en adoration devant sa fille et passait tout son temps à prendre soin d’elle, ce qui lui évitait de se retrouver en tête-à-tête avec sa femme. Nell était bien la seule femme au monde dont Jane ne soit pas jalouse, la considérant comme une extension d’elle-même, comme sa création. Elle préféra bien vite son père à sa mère, et même ce choix passa très bien. Dick était heureux.
C’était plus tard que les choses avaient empirées.

Dick s’aperçu que depuis tout à l’heure, il faisait rageusement les cents pas dans la cuisine. Et qu’il avait oublié d’allumer le feu sous la bouilloire. Sûr qu’à ce rythme-là il pouvait toujours attendre. Il répara son oubli et alla dans le salon pour regarder des films. Sauf qu’il se perdit et finit par trouver, dans une petite pièce pleine de livres, une télévision. Elle ferait très bien l’affaire pour le moment : il avait besoin de se changer les idées de toute urgence.
Au lieu de ça, il tomba sur un reportage qui ramena immédiatement le souvenir de Jane : il y avait eut trois évasions de sa prison dans l’après-midi. Deux d’entre elles avait été recapturées, la troisième courrait toujours. Ils ne donnaient aucun nom. L’horreur envahie Dick aussi brusquement que si il avait plongé dans un bain glacé. Non, pas ça, pas elle, toutes les prisonnières du monde mais pas elle ! Elle qui le frappait avec le fer à repasser.
Elle qui lui plantait des aiguilles dans les doigts.
Elle qui lui brûlait le torse avec sa cigarette.
Elle qui avait ses yeux de folle, quand elle décidait qu’il l’avait trompée ou qu’il allait la tromper ou qu’il voulait la tromper ou qu’il pensait à une autre femme. Les yeux de folle prévenaient (oh, pas longtemps à l’avance, une ou deux secondes, pas assez pour fuir, juste assez pour avoir peur) qu’il allait y passer, qu’il allait avoir mal physiquement. Pour les petites tortures mentales (et il en avait mit, du temps, à admettre que c’était bien de la torture mentale), elle souriait juste avant. C’était un jeu qu’elle jouait avec tous ceux qui lui déplaisaient. Les coups étant bien évidemment réservés à son chez mari.
Pas de panique. Oui, évidemment, il y avait des évasions. Ce sont des choses qui arrivent. Les femmes qui s’évadent sont celles qui sont mal surveillées, celles qui ont commis des tout petits délits, pas celles qui battent leur mari…
Sauf que quand le mari fait un mètre quatre-vingt soit trente centimètres de plus qu’elles, personne ne les prend au sérieux, les femmes qui battent leur mari. Lui-même avait tellement honte qu’il n’en parlait à personne et refusait de s’avouer à quel point elle lui faisait peur et mal. Jane avait des amants, beaucoup (elle devait coucher avec tout ce qui portait un pantalon à moins de dix mètres d’elle). Mais quand il l’avait appris, ça ne lui avait rien fait. L’essentiel était de cacher qu’elle le battait. De cacher qu’elle était folle. De cacher que la mère de son enfant était une véritable psychopathe, qu’il l’avait épousée et qu’il se laissait faire sans rien dire parce qu’elle se lassait plus vite comme ça.
Personne ne savait. Personne ne pouvait comprendre.
Jane avait besoin que Dick l’aime pour vivre. Elle ne s’était pas rendu compte, elle si intelligente, que personne au monde ne pouvait aimer comme elle exigeait d’être aimée.
Sans Nell, peut-être qu’il serait resté avec Jane pour toujours (en tous cas, jusqu’à ce qu’il meurt). Mais sa femme avait commencé à le frapper devant sa fille. Comment pouvait-il laisser Nell grandir devant ce spectacle ?
Il avait demandé le divorce et la garde de Nell. C’est là qu’il avait rencontré Tom, qui s’était battu pour qu’il l’obtienne. Ce n’était pourtant pas facile. Jane l’avait traîné dans la boue et avait assuré que les cicatrices de Dick venait de jeux masochistes auxquels il s’adonnait ‘hors relation conjugale’. Finalement, ils l’avaient eut en frappant là où ça faisait mal : Dick avait avoué une liaison imaginaire. Sous le coup de la fureur, Jane faillit le tuer, ce qui convainquit définitivement juge et jurés et acquis pour toujours à Tom la gratitude de Dick. La fin du cauchemar.
Un cauchemar ne finit jamais, n’est-ce pas ?
Devant la télévision, Dick pleura. Il avait peur, si peur…
Elle était peut-être là.
Elle savait que c’était là que Dick s’était réfugié quand le tribunal lui avait interdit de s’approcher de sa fille et de son ex-mari, et qu’elle avait commencé à les harceler.
Elle ignorait leur nouvelle adresse puisqu’ils avait déménagé dès qu’elle avait été arrêtée. Arrêtée pour maltraitance sur son ex-mari, un grand gaillard qui l’avait sûrement cherché, personne ne devait se méfier d’elle en prison.
Elle avait sûrement réussis à avoir de son foutu parfum qu’elle ne quittait jamais, le plus chic évidemment, Chanel n°5. Le plus terrifiant parfum du monde.
Le sifflement de la bouilloire ramena Dick sur terre. Ses mains tremblaient, ses jambes aussi, et il avait plus que jamais besoin d’un truc chaud. Brûlant. Bouillant. Peut importe. Il se sentait glacé.
Personne n’aurait put entrer dans la super-baraque super-équipée de l’ami Tom, pas vrai ?
(sauf elle une fois elle a réussi à entrer et a presque réussi à le tuer)
Il devait arrêter sa parano. Il devait être fort. Parce que s’il devenait fou, qui prendrait soin de Nell ?
Il dû se guider au bruit pour retrouver la cuisine.
Mais si quelqu’un le guettait, ce quelqu’un n’aurait rien de plus facile pour l’avoir que d’attendre dans la cuisine. Quand ils entendent la bouilloire siffler, les gens se précipitent. Donc on attend près de la bouilloire, plaqué le long du mur. Une poêle à la main. Et dès que le type franchit la porte, BANG ! On lui fait voir trente-six chandelles. Et on rit. Parce qu’on sait que le type savait et avait peur et qu’il s’est fait avoir quand même. Et on lui explique à quel point il est merdique. Et méchant.
Bon Dieu, pensa Dick, je deviens complètement parano. Cette foutue bouilloire va exploser si ça continue, et moi je reste là terrorisé par mon propre cerveau !
Il était dans le couloir, devant la porte de la cuisine, et s’avança lentement. C’était tout ce dont il était capable. Il mit la main sur la poignée. Derrière la porte, la symphonie pour vapeur et embout siffleur atteignait son apogée.
Dick sentit alors le plus terrifiant parfum du monde.
Elle était là.

Il fit demi-tour. Pas pour fuir. Pour trouver une arme et se battre. Entre deux placards bourrés de documents, il y en avait un consacré au sport, où il trouva une batte de base-ball. Parfait.
Brusquement il se pétrifia. La bouilloire ne sifflait plus. Quelqu’un l’avait retiré du feu.
Il entendis des bruits de pas derrière lui. Et le parfum. L’odeur de Satan.
« Salut, Chéri, dit une voix douce et tendre dans son dos.
Avant qu’il ait eut le temps de se retourner, un coup lui écrasa le dos. Il lâcha la batte.
Elle tenait une poêle et lui souriait.
_ Et dire que tu as abandonné ta fille dans un moment pareil. Pour te planquer dans cette forteresse. Mais quel lâche.
Elle ponctuait chaque phrase par un coup de poêle. Repris par l’habitude, Dick se roula en boule, protègea sa tête avec ses bras, et attendit.
_ T’en as bien profité, hein ? Quand j’étais pas là ? Baise tous les soirs et le double les week-ends, hein ? Elle frappait.
_ HEIN ?
C’est finit pensa Dick, elle va me tuer et me découper en morceaux et me planquer dans les murs et personne ne saura jamais et Nell OH MON DIEU NELL ELLE VA RETROUVER NELL !!!
Et puis quoi encore ?
Au moment où elle s’y attendait le moins, il lui attrapa les jambes et la fit tomber, puis lui sauta dessus pour l’immobiliser. Il était en sang et avait mal partout, néanmoins elle se laissa désarmer avec une facilité étonnante. Allait-elle réutiliser la technique qui marchait si bien au début de leur mariage, la transformation en petite fille repentante ? Le croyait-elle si naïf ?
En fait, pas vraiment. Pendant qu’il récupérait la poêle, elle avait glissé sa main libre sous sa ceinture et en avait sortit un énorme revolver. Comment une évadée de prison pouvait avoir une telle arme si vite ? Question secondaire qui pourtant pris toute la place pendant une précieuse seconde. Jane lui dit de la lâcher. Il la lâcha. Oh, comme elle souriait !
Folle. Complètement folle.
Et armée.
Il se mit à guetter l’instant, ce petit moment où ses yeux montreraient la folie de leur propriétaire. Et quand ça arriva, il savait qu’il avait quelques secondes pour se jeter sur elle.
Il se jeta.
Elle fit feu.
La douleur lui perça l’épaule droite, d’abord si faible qu’il pensa à une piqûre, puis intense, profonde, brûlante, invincible. Trop tard. Continuant sur sa lancée, il parvint à la faire tomber à nouveau. Sauf que cette fois, elle faisait tout sauf se laisser désarmer et parvins à le repousser d’un coup de pied d’une force étonnante. Terrifié, impuissant, Dick s’enfuit, courant aussi vite qu’il le pouvait vers la cuisine, à la recherche d’une arme et d’une cachette. Jane le suivit en riant. Elle prenait son temps, goûtant pleinement le plaisir de ce jeu du chat et de la souris.
« Mon chéri, chantonna-t-elle de sa voix si douce, mon adorable chéri, tu savais bien qu’il ne fallait pas me trahir ! »
La cuisine, enfin. Les couteaux. Un hachoir, encore mieux. Le placard, sous l’évier, quasiment vide. Immense. Il l’ouvre à la volée et fait claquer sa porte si fort qu’elle se rouvre légèrement dans un grincement.
Jane entre, l’arme directement pointée sur le placard, triomphante :
« Je te tiens ! »
Sauf que Dick ne s’est pas caché dans le placard : utilisant les ruses de son adversaire, il a tout simplement attendu près de la porte, plaqué contre le mur. Maintenant, il est en bonne position pour porter le coup fatal. Jane n’a même pas le temps de hurler avant de mourir.

Contemplant le corps à ses pieds, Dick se demande pourquoi il ne l’a pas tout simplement désarmée. C’était quand même la femme qu’il aimait. La mère de Nell. Mais le cauchemar n’aurait jamais eut de fin alors. Seule la mort pouvait les protéger de ce démon… Et encore.
Ce ne fut que lorsque Tom rentra et le pris par l’épaule que Dick réalisa qu’il était resté plusieurs heures à parler avec la morte, à vérifier qu’elle ne bougeait plus, qu’elle ne bougerait plus jamais. Parce que c’était courant dans ses cauchemars : il la tuait et elle ressuscitait, après quoi elle le tuait en se moquant de lui. Mais non. Pas cette fois. Cette fois, il avait commis un crime.
Tom lui conseilla de se rendre à la police et d’invoquer la légitime défense. Il se ferait soigner sa blessure là-bas. La main de Jane était encore crispée sur l’arme qui avait tiré, c’était un bon point. Tom lui promit qu’en plaidant la légitime défense, il pourrait s’en sortir.
Dick lui dit juste :
« S’il te plait, est-ce que tu pourrais aller chercher Nell pour moi ? »
Puis il s’écroula. La balle l’avait vidé de son sang. Définitivement.


Marine

Par Marine Plumeaz - Publié dans : deslyres
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Vendredi 23 mars 2007
En marge des derniers textes sur l'idée de Stephen King, voici deux nouvelles écrites sur l'idée proposée par Stephen King le maître lui-même dans son livre Ecriture. Le première est de moi-même, écrite il y a déjà plusieurs années, la seconde Marine, en direct du Québec, qui s'est empressée de se plier à la proposition.
Bon week-end et bonne lecture !



Le poison de la haine.

« Tout cela ne vaut pas le poison qui découle
De tes yeux, de tes yeux verts »

Le poison XLV, Les Fleurs du mal, Baudelaire

Le feu vira au vert et Keith appuya sur l’accélérateur. La fatigue pouvait se lire sur son visage. Ses yeux tristes regardèrent le miroir qui reflétait la banquette arrière où sa fille, une écharpe bleue au cou, regardait l’embouchure de la Mersey, silencieuse. Le fleuve était un peu agité, ce qui annonçait souvent le mauvais temps. Un vil sourire apparu sur les lèvres de Keith. Au moins, il avait sa fille, c’était tout ce qui comptait. Il fixa à nouveau la route et fit tourner sa Rover 214 i dans une des nombreuses rues de Liverpool. Il pensa à son projet, quitter cette ville. Même en la sachant hors d’état de nuire, il ne pouvait se sentir en sécurité ici. Il s’était déjà passé trop de chose. Ses pensées voguèrent six ans en arrière, à son mariage. Mary était si belle alors, ses bouclettes brunes, ses yeux verts, brillants comme des émeraudes, ses lèvres d’un rouge intense, ses pommettes. Elle était si fragile quand il l’avait connue ! Le coup de foudre l’avait saisi immédiatement dans son magasin, quand elle avait poussé la porte. Elle était revenue plusieurs fois, puis ils s’étaient revus en dehors du magasin et cinq mois plus tard, ils se mariaient. Ils avaient vécu quelques mois de bonheur, jusqu’à ce jour où il découvrit une petite enveloppe qui contenait le cauchemar. Il avait d’abord refusé d’y croire, puis il s’était fait une raison. Son amour pour Mary le poussa même à l’aider à vaincre ce mal qui la rongeait. Ensemble, ils avaient vaincu le poison dont Mary souffrait et ils avaient repris leur vie. Ils avaient eu Elie, leur fille. Le bonheur réapparu et resta pendant quatre années où ils éduquèrent ensemble leur petite fille. Puis Mary changea. Elle devint violente, giflant Elie dés que quelque chose n’allait pas. Keith redoutait ces soirs où il rentrait et découvrait des débris de verres ou de porcelaine sur le tapis, qu’il retrouvait Elie terrée sous son lit, des bleus sur le visage, les bras ou les jambes. Un jour, il avait même surpris Mary, une seringue à la main, voulant partager son poison avec sa fille. Keith avait réussi à la maîtriser. Il aurait alors sentit à quel point Mary avait changé. Ses cheveux avaient perdu leur bouclettes et tombaient en mèches raides collées sur le visage. Ses yeux avaient oublié l’éclat d’émeraude et ne rappelaient plus que la couleur terne des galets gris. Ses lèvres jadis rouges et attrayantes étaient déformées par un rictus haineux et avaient prises la couleur bleutée du sang. Il avait alors compris qu’il l’avait perdue, que son sang était gorgé de poison, irrécupérable.
Elie sortit son père de ses pensées en lui faisant remarquer que la maison de sa copine chez qui elle venait fêter l’anniversaire était proche. Keith se gara et laissa sa fille quitter la petite voiture. Le ciel commençait à s’assombrir. En regardant dans le rétroviseur, Keith tressaillit et démarra nerveusement ; il avait aperçu un Land Rover noir et ses souvenirs comportaient un de ces gros quatre-quatre. Il prit le chemin inverse et sombra une nouvelle fois dans ses pensées.
Il avait obtenu le divorce, la garde d’Elie et la maison. Il avait cru que Mary les laisseraient tranquille, qu’elle vivrait une petite vie misérable, qu’on allait la retrouver froide sous un pont ou noyée dans la Mersey. Mais non, elle commença à téléphoner la nuit, puis raconter qu’elle avait rencontré un riche ami qui la comprenait, puis elle envoyait des lettres obscènes. Keith obtint du tribunal une interdiction pour Mary de les approcher mais Mary se moquait bien de toute cette paperasse. Puis vint le jour fatidique. Keith avait emmené Elie faire les magasins. Ils venaient de sortir d’un magasin de peluches avec un lapin blanc habillé d’une salopette bleue qu’Elie avait déjà remarqué auparavant. Il avait vu le Land Rover noir ralentir et Mary qui ouvrait la portière. Instinctivement, il s’était mis devant Elie pour la protéger mais la petite s’était décalé pour voir la scène. Mary avait un étrange bracelet au poignet gauche. Il devait faire huit centimètres de longueur. Elle avait tendu son bras gauche vers son ex-mari et sa fille, la main tendue vers le bras. De la main droite, elle avait libéré deux flèches miniatures qui étaient armées sur le bracelet-arbalète. Keith avait sentit la douleur lui transpercer le bras mais ce ne fût rien à côté de la vision de sa fille basculant en arrière sous le choc de l’impact. Il s’était jeté sur elle sans se préoccuper de la flèche qu’il avait dans le bras. Il avait vu la tête du lapin blanc à demi-décroché et le sang qui maculait le cou de sa fille. Quand il avait repris connaissance, il avait tout de suite voulu la voir et les infirmières lui assurèrent que la tête du lapin blanc avait sauvé la vie d’Elie. Dans les jours qui suivirent, il avait apprit que Mary avait été mise en détention puis transférée dans la clinique Wagner, une clinique de désintoxication et de psychiatrie. Il avait alors été rassuré.
Depuis quelques semaines, Keith et Elie essayaient de reprendre une vie normale. Ils avaient adopté bob, un petit chien et Keith avait repris son magasin. Le ciel était à présent noir de nuages. Aujourd’hui, Keith avait pris son après-midi pour emmener sa fille à cet anniversaire puis se reposer. Il était fatigué et fut content quand il aperçut sa maison et gara la petite Rover dans l’allée. Il sortit de sa voiture, la ferma à clé et se dirigea vers la porte d’entrée. L’allée était bordée de rose qu’il soignait avec amour. Depuis l’arrestation de Mary, il avait décidé d’évacuer ses pensées en jardinant et l’allée était sa petite fierté. Un petit cylindre traînait sur le palier. D’un bref coup de pied, le cylindre rejoignit la bordure de rosier. Il ouvrit la porte et se stoppa net. Quelque chose l’avait alerté mais il n’arrivait pas à identifier quoi. Son cœur se mit à battre fortement. Il essaya de se raisonner, de se dire qu’il fallait plus de quelques semaines pour effacer ces dernières années mais le signal d’alerte persistait dans sa tête. Agacé par sa nervosité, il entra, mis sa veste sur le portemanteau et se dit qu’une infusion ne serait pas de refus pour l’aider à dormir. Toujours avec le doute en tête, il remplit la bouilloire d’eau et la mit sur le feu. Il alla allumer le poste de télévision en attendant que l’infusion soit prête. Le son du poste couvrit le sifflement de la bouilloire. Il y avait un flash spécial. Alors Keith sentit le doute ressurgir, devenir une réalité. Des hommes armés, une demi-douzaine, avaient attaqué une clinique psychiatrique et ainsi permis à trois détenus de s’enfuir. La police avait réussi à retrouver deux des fuyards mais la troisième personne, une femme, n’avait toujours pas été retrouvée. Le flash ne citait pas de nom mais Keith sut immédiatement qu’il s’agissait de Mary. Il le savait car il venait de réaliser que le cylindre qu’il avait trouvé sur le palier était en fait une des flèches du bracelet de Mary. La sueur commençait à perler sur son front. Par mégarde, il baissa le son de la télévision en appuyant sur la télécommande. Des pas résonnèrent lentement dans la maison. Une planche craqua, Keith put distinguer une forme descendant doucement l’escalier. Il fallait qu’il bouge, il fallait qu’il se lève, il fallait qu’il courre, qu’il avertisse la police, qu’il se sauve mais il ne pouvait pas bouger. La panique le tiraillait, la sueur humidifiait son visage mais il n’arrivait plus à bouger. Son cœur battait à tout rompre et sa respiration se fit haletante. Ses mains étaient crispées sur les accoudoirs du fauteuil. Ses pieds étaient scotchés sur la moquette. Il voyait les images de la télévision défilées sans s’en rendre compte. Plus rien n’avait d’importance à part ces bruits de pas. Un bruit plus mat retentit, celui d’un pas sur le parquet à la base de l’escalier. Les pas étaient maintenant plus rapides et leur son s’amplifiait et Keith en déduisit avec angoisse qu’ils se dirigeaient vers lui. La rencontre était imminente. Le bruit des pas était étouffé par la moquette. Ils étaient justes derrière lui. Keith osa un regard et ne vit personne. Les pas s’étaient arrêtés. Il n’y avait personne. C’était impossible ! Il avait pourtant entendu les pas sur la moquette. Il sentit soudain un poids s’appuyer sur ces pieds : Bob ! Keith se sentit vaciller. Il avait imaginé le pire alors que c’était juste son chien Bob qui voulait fêter l’arrivée de son maître. Une partie de sa nervosité se dissipa.
Il éteignit la télévision. La bouilloire sifflait toujours. Keith se passa la main sur le front pour chasser la sueur. Il caressa Bob, se leva et se dirigea vers la cuisine. Il fut stoppé dans son élan par la sonnerie du téléphone. Keith sentit sa peur le reprendre. Le téléphone ne pouvait apporter que de mauvais présage. Une deuxième sonnerie retentit. Doucement, il s’approcha du téléphone. Une troisième sonnerie. Il approcha doucement sa main du combiné et hésita comme si le combiné était brûlant. Une quatrième sonnerie. Il prit le combiné et demanda d’une voix pleine d’inquiétude :
« _ Qui est à l’appareil ?
_ Bonjour, dit une voix douce et chaleureuse. Vous êtes bien monsieur Olsen ? Je suis madame Wesson, la mère d’une amie de votre fille.
_ Oui, murmura Keith, redoutant les prochaines paroles.
_ Ma fille fête cet après-midi son anniversaire et elle avait compté sur la présence de votre fille.
_ Oui, murmura Keith qui n’arrivait pas à se concentrer sur les paroles de Madame Wesson.
_ Or, votre fille n’est pas venue. Je voulais m’assurer qu’elle viendrait comme convenu…
_ Mais … Je l’ai amenée, dit Keith plus pour lui-même que pour son interlocutrice.
_ Je vous assure monsieur que vous faites erreur. Votre fille n’est pas chez moi.
_ Mais pourtant… »
Keith ne finissa pas sa phrase. Il venait de réaliser l’horrible vérité. Il avait laissé Elie sur le trottoir et n’avait pas vérifié si elle était bien rentrée. Le Land Rover noir ! Mary devait être dedans. Après qu’il ait démarré, elle avait récupéré Elie. Keith, sous le choc de la révélation, fit glisser inconsciemment le combiné et raccrocha. Elie était avec Mary ! Keith était hypnotisé par l’affreuse réalité. Il avait laissé sa fille se jeter dans le piège de Mary. Encore hypnotisé par le choc, il remarqua que le son de la bouilloire baissait doucement, comme si quelqu’un éteignait lentement le feu sous la bouilloire. Un silence angoissant régna alors dans la maison. Même Bob ne se manifestait pas. La peur lui tenaillait le ventre, lui serrait le cœur, lui nouait l’estomac. Il sentait qu’elle était là. Qu’elle profitait de ses angoisses. Il avança doucement vers la cuisine. Il redoutait ce qu’il allait voir. La table apparue, puis la cuisinière. Personne, juste un lourd silence. Le feu était effectivement éteint. La bouilloire était immobile. Il s’en approcha lentement. Il sursauta de frayeur quand la fenêtre claqua. Il se retourna brusquement et vis la fenêtre entrouverte d’où rentrait un vent frigorifiant. Un morceau de tissu bleu était abandonné sur le rebord de la fenêtre : l’écharpe d’Elie. La menace qui se précisait retentissait dans la tête de Keith. La sueur abondante trempait sa chemise. Une porte claqua et Keith sursauta une nouvelle fois. L’angoisse faisait place à la terreur. Mary jouait avec ses nerfs. Keith voulu prendre le grand couteau de boucher qui était suspendu au-dessus de la cuisinière mais il se rendit compte que celui-ci avait disparu. Une décharge d’adrénaline fit frissonner Keith de terreur. En proie à la panique, il recula, buta contre une chaise et s’écroula à terre. En tremblant, il put se remettre debout.
Quelque chose attira son regard vers la fenêtre. Il s’en approcha et découvrit avec horreur le gros Land Rover noir. Mary était au volant et reculait. La stupeur le cloua sur place et le Land Rover disparu. Soudain, sous le coup d’une impulsion, il récupéra les clefs de sa petite Rover et sortit à toute vitesse. Il rentra dans sa voiture et démarra. Il ne fit pas attention à la petite pluie fine qui tombait. Il tourna pour aller dans la rue et s’y engouffra. Plus de signe du gros Land Rover. Keith souffla de frustration en serrant les dents. Où était-elle passé ? La panique avait fait place à de la colère. Il fallait empêcher Mary d’agir. L’empêcher de refaire ce qui c’était passé dans la rue marchande. La rue marchande… Oui, elle devait être là !
Keith appuya sur l’accélérateur. Il savait qu’elle l’attendait là-bas. Il passa devant la Mersey agitée par un vent qui transportait des gouttes de plus en plus grosses. Keith ne faisait plus attention à la limitation de vitesse et allait beaucoup trop vite. Il arriva en trombe dans la rue marchande désertée par les passants. A travers les innombrables gouttes qui s’écrasaient contre le par-brise, il essaya d’apercevoir le gros engin noir. Son cœur fit un bon. Il était là, à demi garé dans une ruelle adjacente. Il stoppa brutalement sa voiture. Le Land Rover démarra et s’enfonça dans la petite rue. Keith s’y engouffra à sa suite. Il n’y avait plus personne. Rageant contre lui-même, il appuya sur l’accélérateur pour arriver à la fin de la ruelle qui débouchait près de la Mersey. Il ne se rendit pas compte tout de suite de ce qui se passait. Il venait de regarder dans le rétroviseur et avait aperçu le gros Land Rover noir qui venait à toutes allures dans l’intention de le percuter. Keith réalisa alors que sa petite Rover n’aurait aucune chance contre le gros quatre-quatre. Il réalisa aussi que s’il allait aussi vite que le Land Rover, il irait tout droit dans la Mersey. La sueur perlait son front et ses mains étaient moites. Il décida de freiner en se rapprochant le plus possible des murs droits, espérant que le Land Rover passerait à côté. Il fut percuté par l’arrière et la Rover valdingua. Keith ne contrôlait plus rien. Le pare-brise éclata, envoyant une multitude de morceau de verre sur Keith. Le Land Rover allait toujours aussi vite, envoyant à coup sur les deux véhicules dans la Mersey. Keith se tortilla et essaya de se détacher. Sa main tremblait et il avait du mal à se concentrer dans le bruit infernal que produisait le frottement des carrosseries. Un objet cylindrique vint transpercer son bras gauche. Malgré la douleur, Keith réussi à se détacher. Un choc l’envoya à travers le pare-brise déjà éclaté. Il s’écorcha de toute part. Il vit le Land Rover au-dessus de sa tête qui allait s’écraser sur lui. Il roula un peu sur lui même mais ce ne fut pas suffisant, le Land Rover s’écrasa à terre, broyant la jambe droite de Keith et l’entraînant dans la Mersey, à la suite de la petite Rover. Keith fut entouré par l’eau et ne put plus respirer. Le Land Rover l’aspirait vers le fond. Il lutta mais sa jambe droite ne répondait plus. Il aspira de l’eau qui brûla ses poumons. Il commença à suffoquer, ses yeux se brouillèrent. De l’air ! Il respira de l’air ! Il recracha de l’eau. Vivant. Il aperçut le quai et s’approcha doucement. Sa jambe droite ne ressentait plus rien et son bras gauche était transpercé de douleur. Une flèche ! Il recracha une nouvelle fois de l’eau. Elie. Elle avait dut être dans le Land Rover avec Mary. Keith ne put retenir ses larmes.
Il était arrivé au quai. La pluie s’écrasait tout autour de lui. Il attrapa le haut du muret avec son bras droit et essaya de grimper. Une chaussure lui écrasa la main. Mary ! Il distingua Elie dans l’ombre d’un mur. Vivantes. Il regarda Mary. Ses yeux gris lançaient des éclairs de cruauté. Elle se prit le poignet gauche et dévoila son bracelet mortel. Keith ne put rien dire. Elie. Il allait le faire pour Elie. Mary enclencha une flèche et la pointa vers Keith. Avec son bras gauche douloureux, il attrapa la jambe de Mary et l’attira dans l’eau. La flèche partit. Une douleur transperça le cou de Keith. Il faillit lâcher Mary mais tint bon. Il sentit la vie s’écouler peu à peu de son cou. Il allait mourir. Mais il fallait sauver Elie. Mary se débattait. Keith tint bon. Ses yeux se brouillèrent une dernière fois. Il sentait encore la résistance de Mary qui devait suffoquer. Il ne pouvait plus penser. Mary bougea moins.
Keith sentit la mort le prendre. Mary ne bougeait plus. C’était fini. Elie était sauvée. Keith se sentit glisser. Pour lui aussi, c’était fini.
Pour toi, Elie…


Florent

Par Florent Gaillard - Publié dans : deslyres
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Vendredi 23 mars 2007

Le retour d’Alice
(au Pays des Tarés)


Nous allons vous raconter la véritable histoire d’Alice au pays des Merveilles.

Avant de sortir de son rêve elle se prit dans les vertiges de l’amour. L’élu de son cœur fut le Lapin Blanc. Ses petits yeux rouges la regardaient avant tant de tendresse qu’à chaque fois elle avait envie de lui planter un crayon à papier mal taillé dedans. Mais ça c’est une autre histoire !

Un jour, elle décida de tout faire pour le ramener à la réalité. Pour l’invocation elle avait besoin d’un cœur de chat. Elle arracha donc celui de Dinnah. Pour la butter, elle l’attacha à un arbre par ses quatre petites papattes. Elle la dépeça, lui découpa les oreilles (c’était nécessaire pour l’invocation) et lui arracha le cœur avec dents.

Une fois le Lapin Blanc invoqué, il se marièrent et eurent deux fabuleux enfant-lapins. Les parents d’Alice, contre cette union, refusèrent de reconnaître l’animal comme gendre. Ils le défenestrèrent du haut du quatrième étage. Il survis malgré tout mais demanda le divorce. Alice sombra dans l’alcool et eu pour seul envie, celle de tuer son ex-mari. Elle le menaça avec un revolver lors d’une visite à l’hôpital. Les médecins l’arrêtèrent au bon moment.

Elle se remaria avec Bill le Lézard. Elle aimait tout de même mener une vie mondaine, mais la jalousie s’emparait d’elle lorsque son Bill approchait une fille.

Un soir, lors d’une scène de ménage assez… fulgurante à propos de la jalousie d’Alice, Bill jura sur la tête de ses enfants (euh, ceux d’Alice) que jamais il ne la tromperait. Ce soir-là, ce fut mardi gras. Bill était donc déguisé en… lapin !

Alice, ronde comme une queue de pelle, fut prise d’une fureur incroyable avec l’image du lapin en face d’elle. Elle pris un couteau de cuisine et l’enfonça dans le tendre petit corps de Bill. Cinq coups mortels martelèrent son abdomen. Elle se réfugia chez une amie après avoir satisfait son envie meurtrière après son divorce avec le Lapin Blanc. Cette dernière la conseilla de se rendre. Ce qu’elle fit le lendemain. Les médecins décernèrent en elle une altération partielle de son discernement. Elle prit 20 ans dans la gueule et puis basta !


Fanny et Stéphanie

Par Florent Gaillard - Publié dans : deslyres
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Vendredi 23 mars 2007

Mercredi 03 Avril 2002, 23h15.

Comme tous les soirs depuis une semaine, Debbie Patterson était ivre. Elle déambula le long de Hensington Avenue et s’arrêta au 138 bis, une petite maison résidentielle semblable à toutes les autres. Elle ouvrit le portail, pénétra dans le jardin, écrasant au passage un parterre de fleurs puis se ficha devant la porte d’entrée et frappa violemment trois coups en hurlant :
Ouvres, je sais qu’t’es là !
Un rayon de lumière filtra à travers les volets. Un petit homme d’environ 1m50 ouvrit. C’était Mark Gauch, son ex-mari. Elle entre dans la maison sans lui laisser le temps de l’y inviter. La femme, plus haute et plus corpulente que lui, le pointa du doigt et cria :
Salaud ! Je le savais ! Tu m’as trompée depuis le début et tu t’es mis avec elle après notre divorce.
Mark l’observa, cherchant à comprendre ce qu’elle beuglait. Ses petits yeux explosés par la fatigue et l’alcool allaient et venaient au rythme des gesticulations de son ex-femme. Il comprit qu’elle lui faisait une scène de jalousie.
Tu vas la fermer, oui ! lui dit-il. Y’a mon gamin qui dort.
Ton gamin ? Quel gamin ? elle réfléchit quelques secondes puis explosa. Et tu l’as engrossée en plus !
Mais fermes ta grande gueule, merde ! s’emporta-t-il, j’ai dis quelque chose pour tes bâtards ? J’ai dit quelque chose quand tu te faisais troncher comme une grosse truie pendant notre mariage ?
C’en était trop. Il avait osé insulter ses enfants, ses bébés. Elle baissa le tête et trouva un gros couteau de cuisine planté dans le gigot. Elle empoigna l’arme et hurla en l’abattant sur le petit homme :
AAAH ! ON… NE … TOUCHE PAS… A MES… ENFANTS !
Les yeux exorbités par la rage et l’ivresse, elle regarda le cadavre de Mark Gauch, les deux yeux crevés, une tache rouge au niveau du cœur. Le sang giclait de sa gorge béante, l’aorte avait été sectionnée. Sa bouche était ouverte, la commissure droite de ses lèvres coupée témoignait du passage de la lame acérée. Une mare de sang s’étala et toucha les pieds de Debbie. Elle regarda le couteau rouge du sang de son ex-mari, la pointe était cassée et elle se souvint que chaque arrêt dans sa phrase avait été synonyme d’un coup fatal dans le corps du petit homme.
Prenant conscience de son acte, elle lâcha l’arme blanche et s’enfuit de la maison.

Le lendemain matin, un petit garçon descendit les escaliers en se frottant les yeux et posa les pieds dans une flaque… de sang. Celui de son père, gisant là, défiguré, ses orbites rouges montrant qu’il avait vu la Mort en face.


P'tit Juju

Par Florent Gaillard - Publié dans : deslyres
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Vendredi 23 mars 2007

Crime d’ego…

« La Cour, annonça-t-on.
Tout le monde dans la salle d’audience ce soir-là, se leva et fit silence. Le Juge entra, l’œil brillant, et s’assit. Il ouvrit tranquillement le classeur sanglant, posé devant lui et se mit à lire d’une voix absente d’émotion :
- Madame Turpin. Vous avez accusée du meurtre de votre ex-mari, J.L. Annelard. Vous avez été condamnée par la Cour à vingt ans d’emprisonnement. Mme Turpin, je m’adresse à vous : je vous donne l’occasion, ici, de vous exprimer et de vous repentir… ou pas. Vous êtes libre ! C’est le premier devoir de chaque être humain. Qu’avez-vous à dire ?
Timide et chancelante, Rosemay, à l’énonciation de ses actes, se souvînt petit à petit des derniers évènements de sa vie.
Il avait juré sur la tête de ses enfants. De ses enfants à Elle ! pensa-t-elle. Certes, elle avait profité de la vie. Trop peut-être !... Entre les hommes et la bouteille… Mais ses enfants, qu’elle a eus avec son premier amour, personne n’avait le droit de les toucher !
Elle réfléchit longuement aux paroles de ce Juge, le laissant tranquillement croquer une pomme. Le Juge était habitué au silence des accusés. C’est pour ça qu’il aimait son métier : il laissait ses victimes délicieusement s’angoisser de leur sort pour la première fois de leur vie, en attendant de leur donner cette libération qui rend la personne à elle-même…
C’est ce qui l’exaltait principalement. La plupart des individus qui se retrouvaient finalement devant lui s’étaient un jour perdus. Tels des erres, des ombres d’eux-mêmes, ils avaient parcouru le chemin de leur vie, absents de leur identité, sans se soucier du lendemain, ni aux conséquences de leurs actes, absorbés par l’esprit épicurien. Et ils atterrissaient devant lui, à peine sevrés de cette ivresse dans laquelle ils s’étaient cachés si longtemps.
Cette limite entre l’esprit hédoniste et l’esprit épicurien, c’était son fond de commerce depuis qu’il faisait ce métier. Et à chaque fois, il ne comprenait pas ce qui les faisait basculer de ce côté.
Rosemay n’avait encore rien dit, mais le Juge savait déjà ce qui allait bientôt sortir de sa bouche. Son âme était déjà perdue. Il aurait été tout à fait surprenant qu’après tout ce qu’elle avait fait, elle fasse le pas de non-retour…
Rosemay commença à parler d’une voix frêle mais posée :
- Je n’ai rien fait d’autre que de vivre avec la seule liberté de pouvoir me tromper… »
Le visage changeant du Juge s’illumina d’un rictus diabolique. Sans comprendre pourquoi cette fois encore, il avait gagné. Il s’éloigna lentement sur ses pavés de bonnes intentions. Cette âme était à lui.
Il avait cru un moment qu’elle s’était sauvée en dénonçant son propre crime. Mais son ultime geste l’avait condamnée à jamais. Il avait imaginé la scène des dizaines de fois : il la voyait déchirer une bande du matelas de sa sordide cellule, et sans réfléchir davantage, la passer autour de son cou. Le sang ne montait plus irriguer les extrémités de ses connexions neuronales. Elle commençait à s’endormir. L’air manquait dans ses poumons. Son cerveau rassemblait les dernières ressources oxygénées pour lancer d’alerte. Une décharge de sérotonine. L’extase la plus absolue et se rendre à soi-même. Quel doux délice, pensa le Juge, en disparaissant.
Que pouvait-elle, après cela, espérer de la mort ?


Vyx

Par Florent Gaillard - Publié dans : deslyres
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Vendredi 23 mars 2007
Voilà les nombreux textes qui ont été écrit lors de la soirée du 8 février, lorsque j'avais proposer d'écrire sur une idée de Stephen King. Pour ceux qui s'intéresse un tant soit peu à l'écriture, je recommanderais la lecture de l'excellente autobiographie de Stephen King, Ecriture, qui retrace dans un premier temps le comment il en est arrivé à écrire, puis dans la seconde partie comment il écrit, quels sont ses moteurs et sa vision de l'écriture. C'est extrêmement riche en conseil et permet de se faire une meilleure idée de ce que l'on cherche à atteindre quand on écrit nous-même.
Bref, l'idée était de partir sur un fait divers, comme il y en a malheureusement tout les jours dans les journaux, puis d'inverser les rôles. Dans la véritable histoire par exemple, c'est l'homme qui est alcoolique, qui revient violenter son ex-femme. Notre défi était de s'en servir pour inverser les rôles et faire de l'agresseur une femme et la victime ex-marié un homme.
Pour ce faire il a été lu le résumé d'une affaire déroulée l'année dernière (disponible sur le site de la librairie Troisième Oeil, célèbre pour sa rubrique quotidienne de criminologie : http://www.au-troisieme-oeil.com/index.php?page=actu&type=skr&news=19401 ). Et voici donc les oeuvres qui en sont sorties :



Crime d’ego

“T’imagines même pas la tête qu’il a fait. Enfin il l’a bien mérité. Et l’espèce de boule dogue de la sécurité, pareil, une vraie tête de mangouste. Incapable de comprendre que c’était l’autre olibrius qui m’avait agressée. C’était de sa faute!”
Pamela était affalée dans le canapé, les pieds posés sur la table basse en verre, entrecoupant, son monologue par quelques lampées de bière. Elle regarda fixement les branches du luminaire, convaincue qu’il s’agissait de l’employé de la banque qui l’avait martyrisée le matin même. Elle montra les dents pour l’intimider, prête à lui envoyer son sac à main en pleine figure une nouvelle fois s’il persistait à garder les papiers dont elle avait besoin. en équilibre sur le seuil du salon, Rodney cherchait des repères autour de lui pour s’assurer qu’il était bien chez lui. Il se passa une main sur les yeux, espérant faire taire la migraine qui lui enflammait le sommet du crâne. De l’obscurité lui parvint le babillage de Pamela:
“Enfin, voilà. Je devrais lui intenter un procès à cette bourrique. Au fait, ta femme n’est pas là? Elle ne risque pas de venir gueuler encore une fois. Parce que la dernière je lui aurais bien refait la façade.
_Non, essaya-t-il de répondre. Elle est en voyage d’affaire pour la boutique. Elle est partie depuis... enfin, elle est pas là.
_Ben c’est mieux parce que franchement tu t’es dégotée une véritable gourdasse. Qu’est-ce que t’avais besoin d’aller te fourrer avec cette espèce de marchande de tapis? J’étais là, moi!”
Replaçant chaque mot à leur place, Rodney comprit qu’elle venait d’entamer une de ses cirses de jalousie. N’écoutant plus ce qu’elle commençait à hurler, il objecta:
“C’est toi qui t’es barrée.
_Quoi, quoi? Tu peux répéter?
_C’est toi qui a décidé de partir, souffla-t-il.
_Attends mon petit bonhomme. Tu croyais que j’allais rester encore longtemps dans ton bled pourri? Hé! C’était de ta faute, pauvre pomme! Si tu voulais que je reste avec toi, t’avais qu’à venir ici plus tôt. Regarde! Maintenant que t’es maqué avec l’autre poufiasse, tu viens t’installer tranquillement ici, dans une maison avec piscine, baie vitrée, jacuzzi, s’il vous plaît. Pourquoi tu ne m’as pas donné ça, hein? Pourquoi tu te contentes de cette bouffeuse de trottoir. Tu veux que je te dise? Tu m’as privé de la vie que je méritais, et pour te venger tu l’as refilé à la première pute que tu as ramassée.”
Rodney, ne supportant plus le monologue plaintif de son ex-femme, retrouva le chemin de sa cuisine. S’aidant des dossiers de chaises puis de la cuisinière, il se retrouva face à l’évier. Claquant la porte du placard, il en retira maladroitement un verre. Il du s’y reprendre à deux fois pour faire couler l’eau où il fallait. Il avala une gorgée glaciale qui réanima son mal de crâne. Le verre explosa soudain, balayé par la figurine de plomb que Pamela venait de lui lancer dessus. Reprenant brutalement conscience, il se tourna vers elle, ne se rendant pas compte que sa main s’était mise à saigner.
“En plus tu ne m’écoutais même pas. Tu te fous de ma gueule? Et après tu t’étonnes que je me sois barrée! Tu veux que je t’en colle une?
_Tu ferais mieux de rentrer chez toi, soupira-t-il.”
Il sentait que les choses dérapaient et savait qu’une crise pareille ne pouvait plus se résoudre sans heurt. Mais Pamela, furieuse, se mit à fouiller bruyamment dans les tiroirs, dénichant un long couteau de cuisine qu’elle brandit dans sa direction.
“Tu ne me parles pas comme ça, ok! Je fais ce que je veux. Ta piole me reviend de droit, de toute façon. C’est moi qui aurais dû m’installer ici! Moi et mes gosses. À cause de toi ils sont obligés de partager une chambre pour deux, dans un appart de merde en plein centre-ville.
_Justement, ils doivent avoir besoin de toi en ce moment. Tu ferais bien d’aller les rejoindre, tes affreux. _Parle pas de mes gosses comme ça!”
Le premier coup parti tout seul, la lame transperçant la paroi stomachale. Emportée par la facilité avec laquelle elle pouvait le poignarder, elle continua de le punir à coups de couteaux, alors qu’il s’effondrait sur le carrelage. À la cinquième itération, elle reprit son souffle, contemplant le sang qui s’insinuait jusque sous les meubles. Elle poussa un juron, lâchant le couteau, se relevant pour ne pas être salie plus qu’elle ne l’était. Prise de panique, elle recula jusqu’à heurter le canapé. Puis elle déguerpit, laissant la porte d’entrée ouverte.
Attiré par le bruit qui l’avait réveillé, le fils de Rodney descendit prudemment les escaliers, guidé par la lumière restée allumée dans la cuisine.


Florent

Par Florent Gaillard - Publié dans : deslyres
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