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Mardi 24 avril 2007

Et voici une nouvelle excellente que P'tit Juju nous a fait partager jeudi dernier. De confidence d'écrivain, l'inspiration lui aurait été profitable alors qu'il était en plein travail ... je vous laisse deviner, disons qu'à la manière d'un bourreau à sa guillotine, il coupait des têtes ...



Histoire de poissons

Il est commun dans notre société de dire, voire d’affirmer, que l’Homme est l’animal le plus intelligent sur Terre. Certes, les scientifiques n’excluent pas le fait que les autres créatures peuplant cette planète soient aptes à comprendre certaines choses et à agir en conséquence, ce que certains nomment le « sixième sens ».
Lorsque je travaille le poisson, l’été, je me surprends à me demander : « A quoi pensent les poissons ? »
Etant donné que nos « têtes chercheuses » n’ont pas trouvé de constructions sous-marines, non-humaines, on peut supposer que ces créatures vivent selon les lois de la Nature : se nourrir et se reproduire.
Et si les scientifiques se trompaient ? Et si les poissons étaient aussi intelligents que nous ? Supposons que ce soit le cas…

Il faisait beau ce jour-là. Le soleil illuminait les eaux peu profondes du Lac Léman, les courants chauds et froids se suivaient, se mélangeaient, offrant une température idéale pour ce mois d’Avril.
A quelques mètres de la berge, un tube de métal, entouré d’une matière blanche flottante, était relié à un filet de pêche. A coté de ce que Ceux-du-Dessus appellent une « marque », deux perches se préparaient à une inspection. L’une des deux, un vieux mâle de 25 cm de long et pesant environ 1 Kg expliquait certaines règles de survie à l’autre. C’était un expert en la matière, à en juger par sa corpulence, et de surcroît, responsable d’un banc. Nous l’appellerons Marcus. La seconde perche, plus petite, 10 cm de long pour environ 65 g, écoutait avec attention. Ce jeune mâle, âgé d’environ 3 ans, prenait à cœur son rôle d’assistant. Nous le nommerons Tony. (le langage des poissons sera traduit en langue humaine !)
_ Bien ! s’exclama Marcus. Procédons à notre vérification quotidienne.
Les deux poissons quittèrent leur poste en surface pour longer le filet.
_ Peux-tu me dire pourquoi nous observons les membres de notre banc piégés entre ces mailles, Tony ? _Pour évaluer la perte de femelles afin de la limiter et d’assurer la pérennité de notre race, répondit aussitôt la jeune perche.
_ Bien…très bien. Tu as appris ta leçon, c’est déjà ça.
Le gros mâle s’arrêta soudain. Tony, surpris, évita de justesse son mentor et regarda dans la même direction. Six perches, de la taille de Tony étaient enchevêtrées dans le filet, pratiquement les unes sur les autres. C’étaient des femelles.
_ Tiens, s’écria Marcus. Les piailleuses se sont fait prendre !
_ C’est dommage, intervint Tony. Elles étaient en âge de pondre.
_ Oui, oui. Mais bon, l’avantage, c’est que mes ouïes vont pouvoir se reposer.
Le jeune mâle retint une réplique, ne voulant pas se mettre le gros à dos.
Ils progressèrent le long du piège artificiel et passèrent devant une perche aussi grosse que Marcus :
_J’y crois pas ! s’exclama celui-ci. Ils ont eu la grosse Bertha !
Il se retourna vers son assistant et lui dit à voix basse :
_ Au moins, sans cette affamée notoire, les petits auront plus de chances de survivre cette année. On peut considérer que Ceux-du-Dessus ont fait une bonne action en l’attrapant.
Tony acquiesça. Il se souvenait encore des premières années difficiles de sa courte vie. La peur d’être dévoré par la tristement célèbre Bertha. Et même maintenant, lui et ses congénères luttaient pour trouver des proies sans en être une.
Ils passèrent devant plusieurs jeunes gardons. Marcus se désolait de les voir tomber dans ces pièges si facilement car pour lui, c’était des repas de perdus.
Une jeune perche retint son attention :
_ Qui est-ce ? demanda-t-il à son assistant. Sa tête ne me revient pas.
_ C’est normal, répondit celui-ci. Il n’est pas de notre banc.
_ Ah, je me disais aussi. Eh bien ! C’est une bonne nouvelle, un concurrent en moins, c’est toujours ça de gagné.
Sur la dizaine de mètres suivante, ils croisèrent plusieurs mâles, morts d’épuisement. Tony s’inquiéta du nombre grandissant de capturés. Il fit part de ses observations à Marcus qui lui répondit en riant que ce n’était pas une grosse perte car cela leur ferait plus d’œufs à féconder. Tony comprit que son mentor ne cherchait pas à assurer la survie de son espèce mais à posséder le plus de femelles, et par conséquent de descendance. Comprenant également l’attitude glaciale et sans pitié de Marcus, il préféra ne rien montrer afin de ne pas finir dans son estomac.
_ Aha, en voilà une bonne surprise ! s’exclama Marcus, faisant sursauter Tony. Ne serait-ce pas notre super athlète ? il s’approcha de lui. Bah alors mon poisson, on s’est fait prendre pendant qu’on draguait les perchettes ? Fallait faire plus attention !
Le jeune mâle, furieux d’avoir été traité de « poisson », le plus haut degré dans les insultes entre perches, se débattit avec une énergie nouvelle, en vain. Marcus jubilait devant l’impuissance de son plus grand rival dans le banc. Avec ses couleurs vives et son corps puissant, il attirait toutes les jeunes femelles, laissant ce pauvre Marcus seul et sans conquêtes. Satisfait, il continua son inspection. Tony le suivit, jetant un regard plein de compassion à son frère maternel. Ils passèrent devant de nombreux mâles et femelles étrangers au banc. Ceux qui étaient encore en vie semblaient désespérés, attendant une mort lente et douloureuse. Parmi eux, une femelle attira le regard de Tony. Elle était fine et élancée, ses zébrures étaient d’un noir envoûtant et ses nageoire avaient une couleur orange vif. Personne ne pouvait la manquer, et pour cause, c’était la plus belle femelle du banc, celle qui avait une taille mannequin, qui déambulait dans le lac avec une grâce quasi surnaturelle au point de faire tourner la tête à tous les mâles qui l’apercevaient… et qui était la propriété de son mentor !
_ Marcus, dit-il d’une petite voix.
_Quoi ? Tu vois pas que j’inspecte !
_ Je sais mais…
_ Eh bien parles ! Je ne vais pas te bouffer.
_ Ils…Ils ont eu Isabulle.
_ Non, c’est pas possible !
Marcus chercha la femelle du regard. Il l’aperçut, coincée parmi une horde de mâles étrangers, morte. Il n’arrivait pas à le croire ! Isabulle, la seule femelle digne d’assurer sa descendance. Il s’approcha du corps sans vie, resta un instant à admirer cette perfection, puis reprit son chemin, il ne devait montrer aucune faiblesse, et puis, il y avait d’autre femelles.
Un peu plus loin, un mâle se débattait dans le filet. Quand il les aperçut, il cria :
_ A l’aide ! Aidez-moi ! Tony, tu ne peux pas me laisser ici sans rien faire !
C’était Frankie, son compagnon de chasse et son meilleur ami, mais il ne pouvait rien faire au risque d’être prisonnier de ces mailles infernales. Il détourna son regard, pour ne pas montrer sa tristesse et poursuivit son chemin. Marcus, quant à lui, s’approcha de son congénère et lui dit d’un ton taquin :
_ Aides-toi et le Lac t’aidera ! Ah ah ah !
Tony était furieux mais il ne pouvait pas se mesurer à une perche d’1 Kg.
Six mètres plus loin, ils rencontrèrent un autre jeune mâle, à peine accroché au filet :
_ Non mais dis moi que je rêve ! Regarde Tony, c’est l’idiot du banc. Il est à peine accroché et il n’essaie même pas de se débattre. Il faut vraiment être débile pour accepter la mort sans combattre ! Enfin, c’est plutôt une bonne nouvelle, il arrivait justement à maturité. Je me demande comment il a réussi à survivre jusqu’à maintenant.
_ Il a eu beaucoup de chance, proposa Tony.
_ Ouais, c’est ce qu’on dit toujours. Non mais tu te rends compte, s’il avait fécondé ne serais-ce qu’une de mes femelles, on aurait eu toute une armée de benêts sur le dos, et avec cette foutue chance, ils auraient contaminé tous les œufs une fois à maturité. C’est un coup à mettre notre espèce en danger, crois-moi !
_ Sans compter que notre population aurait chuté, dit Tony.
_ Et Ceux-du-Dessus auraient importé des étrangers dans notre banc ! renchérit Marcus.
_ Oh, si ce sont des femelles, c’est pas grave, ce sont toujours des pondeuses en plus.
A cette idée, Tony laissa échapper un peu de laitance. Marcus le remarqua et regarda son assistant avec sévérité. Celui-ci sentit ses ouïes rougir :
_ Oups ! Désolé.
Marcus ne dit rien, ce qui inquiéta le jeune mâle. Ils poursuivirent leur inspection dans un silence oppressant.
Arrivés à la fin du filet, Marcus fit un bilan de ses observations :
_ Bon, d’après ce que j’ai pu remarquer, y’a pas eu trop de pertes. On a plutôt bien géré les déplacements de cette nuit malgré la perte inestimable de ma chère petite Isabulle.
_ Oui, enfin… il y a quand même plus de femelles que de mâles dans ce filet. Et si Ceux-du-Dessus s’en aperçoivent, on est bon pour une invasion de mâles tout droit sortis d’on ne sait où.
Marcus réfléchit à cette remarque puis, quelques minutes plus tard, il dit :
_ Tu as raison, faut équilibrer la balance !
Il donna un grand coup de queue sur le jeune assistant qui se retrouva projeté sur le filet. Sa tête se prit entre les mailles. Tony se débattit avec toute l’énergie du désespoir mais il ne pouvait échapper à son destin. Il se mit à insulter son traître de mentor qui s’en allait déjà vers les profondeurs du lac.
_ Bon ,c’est pas tout, se dit-il. Mais faut que je me trouve un autre assistant si je veux vivre un an de plus !
Il s’approcha de son banc et toisa les jeunes mâles rodant autour des femelles prêtes à pondre.


P'tit Juju

Par Florent Gaillard - Publié dans : deslyres
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Mardi 24 avril 2007

Voici un ensemble d'Haïkus écris en production groupée lors de la séance sur les "Peurs d'enfant".



Le petit oiseau
S’élance vers les cieux
Et s’étale sur le sol.

Une grosse fourmi
Traverse pleine d’espoir le voie bituminée
Et se fait écraser.

Le papillon se dandine
Fier de ses couleurs
Une épingle transperçant son corps.

Morale :
Pas toujours facile
De chasser un déjeuner
Qui se carapate.

Par Florent Gaillard - Publié dans : deslyres
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Lundi 23 avril 2007
En marge des "Peurs d'enfant", Marine m'a fait parvenir une comptine qu'elle a écrite il y a un brin de temps. Pour votre lecture, la voici ^^ :



Babysittor et l’Enfant Monstrueux
Comptine pour enfants sages

Le soir, tremblez, gentils marmots ;
Cachez-vous sous les escabeaux
Enfermez-vous dans les placards,
Voilà l’Enfant Monstrueux qui viens vous voir.

Ne claquez pas des dents, gentils marmots,
Pour lui c’est un doux bruit de grelots
Si de ses longues oreilles il entend ça,
Dans votre cachette il vous trouvera.

Vous entendrez d’abord, gentils marmots
Son nez qui inspire, qui vous sent tout chauds
Qui se délecte de votre peur, calcule votre poids
Et vous trouve à croquer – un vrai met de roi.

Puis vous verrez ses griffes, gentils marmots,
Déchiqueter la couverture, l’escabeau
La porte du placard, celle du coffre-fort,
La faible protection que vous avez choisi à tort.

Et quand il vous prendra, gentils marmots,
Vous plongerez vos yeux dans les siens, si beaux :
Ses pupilles noires sur fond de sang
Paraissent danser comme des flammes, gentiment

Et quand il jouera avec vous, gentils marmots,
A ces jeux drôles et fascinants où l’ennui est de trop.
Vous resterez hypnotisés par ces iris rouges,
Dans lesquels, quand il est trop tard, les démons bougent.

Quand enfin le jour se lèvera, gentils marmots,
Vous pourrez, sans peur, sortir de vos Legos,
Emerger de vos placards, l’imaginer repus,
Il n’est pas venu cette nuit – il ne viendra plus.

Car le jour, comme vous, il doit se lever,
Aller à l’école, faire ses devoirs,
Et pour le surveiller, une femme est désignée,
Nouvelle tous les matins, dévorée tous les soirs.

Mais ce matin, la nounou n’est pas normale.
Apparue soudain, comme par hasard,
Elle n’a pas peur de ses griffes. Elle se la joue banale,
Mais plonge les yeux dans son terrifiant regard.

Derrière ses lunettes noires,
Qui jurent avec sa sobre discrétion
L’Enfant voit des choses qu’il ne peut croire,
Des yeux qui expliqueraient ses façons.

Elle ne frémit pas en entendant les hurlements,
Et ne parviennent à la faire trembler
Ni les grognements, ni les gémissements,
Mais le voir tout de boue taché.

Elle l’appelle Poupougnet.
Quand il la mord, violemment,
Elle le trouve tout mignonnet
Et lui casse toutes les dents.

Elle le serre dans ses bras graciles
Comme pour broyer un train.
Elle le lave, le coiffe et l’habille
Avec des tons pastels et des petits lapins.

L’Enfant Monstrueux de sa griffe leste
Veut lui arracher ce visage faux
Elle lui sourit avec ce qui reste
Et lui lime les griffes jusqu’à l’os.

Et cette nuit, quand il s’élance
Pour jouer avec ses amis les gentils marmots,
Elle préfère qu’il écoute l’histoire en silence
Et l’attrape, l’enchaîne et le musèle – plus un mot.

Ligoté à son lit, l’Enfant Monstrueux
Cauchemarde toute la nuit de petits lapins roses
De forêt enchantée, de méchants peureux,
Et de gentilles fées qui veillent sur les choses.

Ce matin, l’autre cauchemar le prend
Il est lavé, coiffé et habillé.
Il a caché une arme, mais elle le surprend
Et dans son bain manque de le noyer.

Même ses puissantes ailes
Ne peuvent lui permettre de s’enfuir :
Babysittor le fait tomber du ciel
Simplement en ajustant son tir.

Et à l’heure du thé, nouveau sermon,
Car elle invite ses amies – nouvelle torture.
Toutes en cœur hurlent « Qu’il est mignon ! »
Et viennent lui pincer les joues, bien sûr.
L’heure est grave, il le sait.
Babysittor aura bientôt sa peau.
Elle ne lui donne que des bonbons à manger
Et – horreur ! – il doit manger du gâteau.

Depuis le début, il a compris qui elle est.
Ce n’est pas dans les règles, c’est un dur sacrifice,
Mais pour se débarrasser de son ennemie jurée,
Il faut en passer par certains artifices…

Quand elle vient pour l’histoire, il est déjà en pyjama,
Celui bleu ciel, et sur la poche de cette chose
Sont brodés deux petits nounours de soie
Qui s’embrassent sur un cœur rose.

Il suce un bonbon, et ne le croque pas.
En une seconde il pourrait le broyer,
Ses puissantes mâchoires sont là pour ça,
Mais non, il le fait bien durer.

Elle s’assoit sur le lit, il se colle contre elle,
Sans chercher à la frapper, à l’étouffer, à l’étrangler,
Tendrement appuyé sur sa chemise en dentelles,
Il met son pouce propre dans sa bouche édentée.

Et quand, dans un sursaut d’horreur,
Babysittor se dégage de son emprise,
Il fait celui qui a peur
A cause de cette mauvaise surprise

Et pour l’achever définitivement,
Il lève vers elle les yeux les plus innocents
Les plus tendres, les plus charmants,
Qu’on ait inventé de mémoire d’enfant.

Ainsi la créature – quelle qu’elle soit
S’enfuit à toutes jambes, ou à toutes patinettes.
Difficile de dire à quoi
Elle pouvait bien ressembler sans lunettes.

Vous feriez mieux, gentils marmots, quand revient la nuit,
Retourner sous vos couettes et dans vos placards,
Parce qu’après sa brillante comédie
L’Enfant Monstrueux a faim – il restera tard.


Marine

Par Florent Gaillard - Publié dans : deslyres
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Dimanche 22 avril 2007
Mea Culpa, devant la folie du nombre de textes que j'avais à mettre en ligne, il semblerait que l'un d'eux se soit endormi entre deux fichiers. Voici, avec un retard d'un jour et je m'en excuse, le fameux texte retrouvé.



La nuit

Dans le noir, tout disparaît. La chambre avec ses murs colorés et les jouets que j’ai oublié de ranger avant d’aller dormir. Le long, long couloir avec le parquet qui craque. La chambre de mes parents. Ma maison. La ville. L’univers.
Il n’y a plus que moi, tout au chaud sous mes couvertures. Mon lit est la seule chose dont je suis sûre de l’existence. C’est pour ça qu’il ne faut surtout pas le quitter.
Si je sors la tête doucement par-dessus la couette, je peux voir ce qui a remplacé ma chambre… Il y a juste un rayon de lune. Pas de veilleuse, je suis une grande fille maintenant. De toutes façons elle ne changeait rien.
A la place de mes jouets, il y a des trésors et des morceaux d’animaux morts, ils font des bosses et des creux et brillent parfois sans qu’on les voit bouger. Ils servent de ville à des centaines d’insectes venus du déserts, un désert de sable glacé où il n’y a jamais de soleil. Sur le côté, il y a un énorme coffre ventru de pirates de l’espace, ornée de boutons permettant de faire un code secret qui peut-être sauvera l’univers… ou peut-être nous tuera tous. Plus loin, c’est difficile à dire, il ne reste des ombres au milieu d’autres ombres, comme une forêt immense où vivent les loups.
Maintenant il ne faut surtout pas allumer la lumière. Une fois qu’on est couché, on a l’impression que la chambre redeviens normale quand la lumière est allumée, mais c’est faux, ce n’est qu’un leurre. Les choses ne veulent pas qu’on ait peur alors elles peignent les ombres avec de belles couleurs et agitent des chiffons qui ressemblent à mes parents, sauf que je sais bien que mes vrais parents, dans leur vraie chambre, sont à des milliers de kilomètres…
Je ne me laisse pas berner. Hors de question que je pose un pied hors de mon lit. Si je le faisait, je me perdrai dans le monde des ombres et je ne pourrais jamais retrouver le mien. Ils mettraient un faux lit à la place du vrai pour que je crois qu’il me suffit d’un pas pour être en sécurité. Je sais bien que c’est faux. A partir de l’instant où je quitterai ce sanctuaire, il disparaîtra comme tous les autres objets réels. Ils ne m’auront pas.

Un monstre s’est glissé sous mon lit. Il gratte contre le matelas, et ça fait le même bruit qu’une fourchette contre un verre, krrish, krrrrish, krrrrrrrrrish… Je donne un coup de pied sur le matelas pour lui montrer que je n’ai pas peur. Evidement, J’AI peur !
Je n’ai aucune arme pour me défendre, rien que mon lit, ma couverture et mon oreiller. Lui a de grandes dents et des griffes immenses, il gronde comme une bête affamée et ses yeux rouges étincelants peuvent voir à travers mes pauvres protections. Il ne veut pas me manger. Il veut que je quittes mon lit. Et bien monsieur, compte là-dessus. J’y suis et j’y reste coûte que coûte !
Il a compris que je bluffais et il recommence à gratter sous le matelas. Il n’y a plus grand chose qui me sépare de ses longues, longues griffes acérées comme des couteaux. Je me serre en boule le plus loin possible du bruit, bien calée contre le mur, et j’essaye de respirer tout doucement pour qu’il ne sache pas que je suis là. Tout doux… comme une plume… léger… lentement…
Le bruit s’arrête. Doucement je m’endors.

Au matin tout est redevenu normal, comme tous les matins. Je saute de mon lit pour regarder les dessins animés. Juste un coup d’œil sous le lit pour vérifier que le monstre n’est pas resté. On ne sait jamais.
Un reflet rouge dans l’ombre. Pitié, non, pas… Je respire tout doucement pour ne pas qu’il me repère et je tends la main. La poussière me caresse. Tout au fond je sens quelque chose de froid. C’est petit et rond. Je tire l’objet, c’est une toute petite bille, une bille rouge. Ouf, pas de monstre dans le vrai monde, tout va bien !
Avant de descendre, je vais jeter la bille dans les toilettes. C’est plus prudent. Je n’ai jamais eu de bille rouge.


Marine

Par Florent Gaillard - Publié dans : deslyres
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Dimanche 22 avril 2007
Je voulais vivement remercier le salon de l'appartement de Vyx avant de clore cette session des "Peurs d'enfant", salon qui, paix à son âme, a été sacrifié pour la bonne cause, maculé de pâte crèpe adorablement préparée en douce pour les deslyriens du soir ... Je vous pris de faire une minute de silence, pendant ce temps nous en profiterons pour nous rappeler les délicieuses crèpes qui ont été dégusté ce soir-là par toute cette bande de deslyriens affamés ... aucune pitié pour les salons ...



Horri-comptine

Un, deux, trois,
Nous irons chez toi.
Quatre, cinq, six,
Casser ton coccyx
Sept, huit, neuf,
Scalper ton crâne d’œuf.
Dix, onze, douze,
Et repeindre tes murs en rouge.

P'tit Juju


Pour toi qui ne dort pas

Tremble, tremble, petit enfant
Car dans quelques instants,
Le maître de la Terreur
Fera bondir ton cœur.

Il surgira du Noir,
Evanouissant tout espoir
De revoir le Lumière
Et les êtres qui te sont chers.

Et lorsqu’il t’emportera
Dans le monde du Trépas,
N’oublie pas de maudire
Ceux qui ont pu s’endormir.

P'tit Juju

Par Florent Gaillard - Publié dans : deslyres
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Dimanche 22 avril 2007

Une peur profonde

Cher papa,

Tu as fait naître en mon frère et moi, une passion destructrice. Elle vient de toi et tout ce qu’elle nous apporte n’est qu’une illusion de la liberté. Les sensations des kilomètres qui défilent à la vitesse du vent dans les cheveux ne font que bercer l’illusion qu’il vaut mieux vivre moins longtemps, mais pleinement…
Ces mots me poursuivent où que j’aille. Il était ton fils et le seul frère que j’ai jamais aimé. Quand le téléphone sonnait une heure plus tôt que d’habitude ou une fois de plus dans la semaine, l’angoisse envahissait chaque partie lucide de mon cœur. Jusqu’au soulagement final. Où l’angoisse laisse place à la vérité cinglante.
Aujourd’hui, quand la voix de maman est triste ou lointaine, mon esprit vagabonde à ces souvenirs d’un frère et d’une sœur partageant les mêmes voyages, franchissant les mêmes bandes blanches, attirés toujours plus loin et toujours plus vite vers un horizon où ils ne prennent pas le temps de s’arrêter.
Comme une angoisse qui me rongeait, j’ai longtemps effrité mon innocence à attendre de toi un geste ou un avertissement. Mais ressentir ce que j’éprouve lorsque je fonce droit devant à la recherche de mes propres limites, c’est le seul moyen à ma portée pour retrouver mon frère. Pour reconstruire et perpétuer son souvenir.
Je pense sincèrement qu’il n’aurait pas aimé te rejoindre autrement que comme tu le lui as imposé. Mais l’absence de sa silhouette élancée devant moi laisse pourtant le paysage vide et silencieux. Pourtant à chaque virage bien négocié, je ressens sa fierté et j’entends encore parfois, sa voix me demander « Tu suis, soeurette ? ».
Non, je n’ai jamais suivi à sa hauteur. Je n’en ai jamais eu le droit. Papa, tu as toujours considéré que j’étais fragile. Et tu as pris soin de moi. Mais ce que je ne comprends pas, papa, c’est pourquoi je suis encore là, alors qu’il avait la vie devant lui ?
J’ai toujours eu peur de perdre mon frère aussi brutalement, mais je me suis jurée, lors de sa disparition, que je ne cesserai jamais de rouler en cuir. Pour la seule et unique raison, que depuis que tu l’as appelé à toi, je n’ai plus aucune raison de m’arrêter…

It’s better to burn out than to fade away
Kurt Cobain



Vyx

Par Florent Gaillard - Publié dans : deslyres
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Dimanche 22 avril 2007

Un conte à régler

Emily remonte le bord de son drap. Mentalement, elle essaye de se rappeler ce qui a pu se passer dans sa journée pour arriver à ce qu’elle a cru voir à l’instant. Cette après-midi, elle s’est baladée un peu plus loin que cela n’était permis par la maîtresse. Le champ derrière la barrière recelait des tonnes de trésors, des fleurs géantes qui arrivaient jusqu’aux mollets, des graines blanches qui voltigeaient dans les airs, et des papillons. Ceux avec des ailes marrons. Non, à la réflexion, ce n’est pas ça.

Peut-être qu’elle avait eu une leçon sur les insectes aujourd’hui ? A bien y réfléchir, ce n’est pas ça non plus. Mais alors, si ce n’est pas son imagination qui lui avait montré cette chose dépassant de la porte du placard, c’est que cette chose existe vraiment ! D’un seul coup elle s’emmitoufle toute entière dans les draps, ne se laissant même pas un petit espace pour respirer. Si elle ne trouve pas d’explication, c’est que cette chose existe et qu’elle est là, dans le placard, entrain de l’attendre et sans doute prête à se jeter sur elle. Une chose immonde, toute verte, comme une énorme cosse de haricots toute cabossée, comme celle où les chenilles se cachent pour devenir des papillons.

Un déclic se fait soudain dans l’esprit d’Emily. C’est la faute de Tobby. Oui, c’est la faute du garçon si elle s’imagine qu’un cocon est en train de germer dans son placard. Furieuse, elle rejette les draps au fond du lit, s'assoit les bras croisés et les jambes tendues et essaye de se souvenir du conte que Tobby avait absolument tenu à lui raconter à la récréation de quatre heures. Le garçon avait l’habitude de dessiner au lieu de suivre les leçons de la maîtresse et souvent à la dernière récréation du soir il venait raconter l’histoire ainsi imaginée pendant la journée.

Dans ce conte, il y avait eu une princesse. Emily préférait ces histoires-là car elle pouvait s’imaginer être la princesse et se balader pendant les premiers dessins avec les grandes robes que Tobby savait très bien dessiner. Elle ne se rappelait plus vraiment de ce qu’il lui avait raconté dette fois-ci, mais elle se souvenait parfaitement du moment où elle tombait dans un piège au milieu de la forêt et se retrouvait prisonnière d’une chrysalide monstrueuse. Voilà, c’était la faute de Tobby et donc cette chose n’existait pas, là-bas dans le placard.

Tapant des mains sur le matelas pour se donner du courage, elle s’élance à travers la chambre. Elle pose une main sur la poignée, prend une mimique méchante, et ouvre d’un seul coup. Avec horreur elle constate que l’énorme cocon vert est bien là, suintant d’une bave immonde. Un vrombissement secoue la paroi cabossée. Prise de panique elle se jette par terre, se recroqueville, ferme les yeux, espérant que rien ne se passe. Pendant un moment elle croit s’être fait une nouvelle fois avoir par la chrysalide.

Mais non, elle n’entend plus rien, la porte du placard s’est refermée. elle se relève, saine et sauve, récupère les draps et se réfugie dedans. Elle essaye de récupérer son souffle. Finalement, c’est peut-être pas la faute de Tobby et de son conte horrible, parce que le cocon est bel et bien là. Elle se met à frissonner en se rappelant l’horreur dans le placard. Il faut trouver une solution et vite, sinon elle ne pourra pas dormir. Elle pense à son oncle Franck qui lui avait donné un bon conseil pour se sortir de pareille situation : il fallait penser à quelque chose de rassurant. Et de penser à l’oncle Franck, c’était quelque chose de rassurant.

Elle sentit alors la présence de quelqu’un assis sur le rebord de sa fenêtre. une grande silhouette avec un chapeau de cow-boy. Dans un claquement de botte, l'intrus s’approche d’elle, les mains à demi-rentrées dans les poches d’un vieux jean jauni par la poussière du désert. La figure du grand héros des films que l’oncle Franck lui montrait en cachette apparu. Un rictus au coin de la bouche, une cigarette à l’autre bout.

“Salut poupée, t’as du feu ?”

La voix grave et rassurante parvient à clamer Emily. Elle secoue prudemment la tête, pour ne pas le vexer. Le cow-boy hausse des épaules, puis se tourne vers le placard qu’il désigne de son coude. “C’est ça ton problème ?”

Elle hoche discrètement la tête, remontant encore un peu le drap sur elle. Le cow-boy, faisant face à la porte incriminée, claque des bottes une nouvelle fois pour signifier qu’il accepte le duel. Le placard s’ouvre à toute volée et le cocon furieux en surgit, vrombissant de plus belle. Mais il n’a pas le temps de lâcher ses hordes d’insectes hideux que le cow-boy lui a déjà jeté une bouteille de whisky et tiré une unique fois dessus pour que le cocon soit en proie à des flammes gigantesques. Toujours avec son rictus, le héros des films de l’oncle Franck se tourne vers Emily et lui déclame :

“Si t’as encore besoin d’aide, poupée, n’hésites pas.”

Un clin d’oeil et il disparaît dans la poussière du désert. Emily sourit puis se cale bien sagement contre l’oreiller, assurée à présent de pouvoir s’endormir. Il faudra juste qu’elle explique demain matin pourquoi tout le linge du placard s’est retrouvé en bazar par terre.


Florent

Par Florent Gaillard - Publié dans : deslyres
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Dimanche 22 avril 2007

Le soir…

Dis, maman, tu promet qu’il viendra pas ?
Mais non mon chéri, il ne viendra pas parce que les monstres, ça n’existe pas. Je te l’ai déjà dit.
Elle se penche sur moi, m’embrasse sur le front et fait le sourire-qui-protège. A chaque fois, je me sens bien et j’ai plus peur.
Bonne nuit mon cœur, me dit-elle de sa douce voix.
Bonne nuit maman.
Elle éteint la lumière et ferme la porte. Le silence s’installe.
J’aime pas le silence. Il me fait peur. A chaque fois, il fait venir des bruits bizarres, étranges et je sais jamais d’où ils viennent.
« Les monstres, ça n’existe pas. » Pfu ! Tu parles, je suis pas fou ! c’est pas parce que j’ai 6 ans qu’ils peuvent me mentir. Je sais qu’ils existent, qu’ils se cachent dans les coins et attendent le noir pour m’enlever. Le noir aussi, il me fait peur.
Crac !
« C’était quoi ? » Je remonte la couette jusqu’à mon nez. Ils sont là, Il est là. Maman s’est encore trompée ! C’est le roi des monstres, je l’entend respirer toutes les nuits près de moi.
Mamie, elle dit que si je ferme les yeux et que je fais semblant de dormir, il me fera pas de mal. Elle au moins elle me croit et en plus, son truc, ça marche. Mamie dit qu’il enlève qu’il enlève les enfant que ne dorment pas alors moi, je ferme les yeux très fort et j’attend. Mais j’ai tellement peur que j’arrive pas à dormir. Il doit faire peur au Marchand de sable.
Whoo ! Whoo !
Tiens, il appelle ses copains. Il a dû remarquer que je dors pas pour de vrai. Vite, il faut que je fasse semblant encore mieux. Mais on fait comment ? Ah je sais, je vais imiter papa, il respire tout doucement quand il dort.
N’empêche que je préfèrerais avoir la lumière allumée mais maman dit que c’est pour les bébés et que je suis trop grand.
Mes yeux sont lourds et j’ai envie de bailler. J’espère que la Marchand de sable va venir bientôt, je suis fatigué moi.
Mon vieux Tim, va falloir que t’apprenne à te battre ! Je vais demander à Michaël, il va trouver un truc pour que je puisse me défendre. Ça trouve toujours des super trucs les copains. Comme ça, je lui ferais sa fête à ce monstre, il aura si peur qu’il va me demander pardon et il va vouloir que je sois le roi-des-ceux-qui-font-très-peur et après…

Timothée s’endormit !


P'tit Juju

Par Florent Gaillard - Publié dans : deslyres
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Dimanche 22 avril 2007

“Bonne nuit les enfants, faîtes de beaux rêves !”

Papa ferme la porte. Il a mis la veilleuse Mickey comme ça il faut pas tout noir et moi et Valentin on a moins peur. Même s’il fait noir j’entends plein de bruits : le par-terre fait crrr crrr, il y a des voitures des fois dehors, le volet fait du bruit et le vent siffle. ça fait peur. Heureusement y’a la lumière sous la porte et j’entends papa faire la vaisselle et maman repasse. En plus ils parlent alors ça fait du bien. Puis je commence à dormir. Je serre Gros-Pèpère, il est tout doux.

Mais j’arrive pas à dormir. C’est embêtant. Tout d’un coup j’entends plus papa et maman. Y’a même plus la lumière sous la porte. Ils ont disparus ! Y’a un voleur qui est entré et qui les a kidnappé ! Ou alors un loup-garou est venu et les a mangés ! Ou ils sont partis et nous ont laissés tout seul ! Faut que j’aille voir en bas, ils se sont peut-être caché. Je descends.

J’entends papa qui ronfle. En fait ils se sont couchés. Alala, je suis bête ! Mais si ils étaient quand même mangés ?! Ou morts ?! Je pousse maman. Elle se réveille. Je lui dis que j’arrive pas à dormir. Elle parle tout bas j’entend pas bien.

Puis je remonte très vite les escaliers. Je me couche. Mon lit est tout chaud encore.


Audrey

Par Florent Gaillard - Publié dans : deslyres
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Dimanche 22 avril 2007
Lors d'une séance, nous nous sommes penchés sur les peurs d'enfants ... brrrr, monstres de placards et autres toiles d'araignée, tenez-vous prêt ...



La lumière de la lune entrait par les failles du volet de ma chambre. Par fois, les phares des voitures faisaient danser quelques ombres sur le mur. Je regardais ce spectacle n’osant bouger le reste de mon corps. Pourquoi ? Parce qu’il y avait un monstre gluant, hideux qui guettait chacun de mes mouvements. Si j’avais le malheur de bouger un bras, une jambe ou ne serait-se qu’un doigt, ses immenses tentacules allaient m’entourer pour m’emporter dans les ténèbres de son monde. Il gardait tous les enfants qui avaient du mal à s’endormir. Ma sœur, elle dormait depuis longtemps. Elle était à quelques mètres mais elle était partit pour le monde des rêves depuis longtemps.
Si je la réveillais pour lui dire qu’un monstre me surveillait, elle me disputerait parce que le monstre, il est malin lui. Il disparait si quelqu’un d’autre le voit !
Alors j’essaye de fermer les yeux. Ma plus grande hâte était de dormir, c’est peut-être pour ça que je n’y arrivais pas.

Fanny

Par Florent Gaillard - Publié dans : deslyres
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